Dear White People Sam Coco
Séries

Dear White People : une série drôle, intelligente et engagée

14 juin 2017

Dear White People. Vous avez peut-être déjà entendu ce nom, puisque c’est le titre d’un film sorti en 2014. Quelques années plus tard, voilà que Netflix nous sort son adaptation sériesque, toujours avec le même réalisateur : Justin Simien ! Pourtant, je n’ai (toujours) pas vu le film mais d’après ce que j’en ai lu, il y avait quelques éléments problématiques qui ont été mieux traités dans la série… En tout cas, sachez qu’il s’agit ici d’un reboot du film et non d’une suite, cela ne pose donc aucun problème si vous n’avez pas vu la version ciné.

Synopsis : Winchester, prestigieux campus américain, ne traite pas franchement tous ses étudiants de la même façon. Avec son émission de radio, Dear White People, Sam White compte bien mener sa révolution au sein de l’université, en dénonçant les injustices raciales. Le tout sous fond de crises identitaires, rivalités et questionnements amoureux et sexuels.

Cet article ne contient pas de spoilers
La bande annonce


Dear White People et ses personnages multiples

– Les différents personnages sont tous très intéressants ! Ce qui nous change un peu, avec le fait que le cast soit principalement noir, c’est d’avoir des personnalités très différentes les unes des autres, loin des clichés qu’on retrouve souvent au cinéma et à la télévision. Où bien souvent, le noir est le mec sorti tout droit du ghetto, le dealer de drogues, le gentil imbécile ou celui qui meurt en premier dans les films d’horreur (ce trope désespérant). Idem pour les personnages féminins qui ne sont pas juste des “angry black women” (Colandrea l’évoque d’ailleurs).

Dear White People Sam Dear White People Lionel

  • De mon côté, j’ai bien évidemment aimé le personnage principal : Sam. Elle est badass mais aussi tiraillée par plein de choses (ses sentiments et son identité entre autres). Mais le personnage que j’ai certainement le plus apprécié, c’est Joelle ! Elle est tellement géniale, drôle et pleine d’empathie, je l’adore ! Mais tous ont vraiment leur “truc” qui fait qu’on les apprécie. Troy qui fait de grands sourires mais subit la pression d’être “le bon noir”. Même chose pour Coco, qu’on à sans cesse rabaissé a sa couleur de peau. Beaucoup d’empathie aussi pour Lionel, qui se questionne sur sa sexualité et, même s’il se rabaisse lui-même, est capable de bien des choses !
  • Quant aux acteurs, j’ai vraiment aimé tout le casting. Certains tenaient déjà leur rôle dans le film (Joelle, Troy et Reggie par exemple), mais tous sont une vraie belle découverte pour moi.

– La mise en scène de Dear White People est vraiment bien fichue. Chaque épisode se centre sur un personnage et les timeline se croisent et s’entrecroisent. Concrètement, quand on termine le premier épisode, le second débute presque au même moment, mais sous le regard d’un autre personnage. Et on avance doucement comme ça, jusqu’à l’épisode 5, l’un des plus fort de la saison, qui déclenche tout le reste. Ça permet de bien prendre le temps de s’intéresser à chaque personnage, de comprendre leurs forces, leurs faiblesses et leurs motivations. Clairement, c’est ce qui crée ce gros sentiment d’empathie pour tout le monde. Car il y a l’image que le monde se fait d’eux, et ce qu’ils sont vraiment.

Blackface, intersectionnalité et identité

Dear White People racisme
– Le show s’appelle peut-être “Dear White People” (et les gens qui n’ont pas encore compris que le racisme anti-blanc n’existe pas crierons au scandale), mais il est tout sauf centré sur les blancs (pour une fois). Et la série aborde énormément de sujets importants de manière très juste.

  • On commence fort avec une soirée blackface organisé par des étudiants blancs (BREAKING NEWS). Sujet toujours d’actualité, même en France. On peut voir des blogueuses se peindre le visage en noir, des policiers ou des étudiants faire des soirées n****. Tout ça dans le plus grand des calmes. Mais, spoiler alert, être noir n’est pas un déguisement, et la série vous l’expliquera clairement mieux que moi.
  • Dear White People se déroule dans une université réputée et a priori les étudiants sont plutôt bien lotis financièrement (où ont une bourse d’étude). Donc, noir et blanc ont techniquement les “mêmes cartes en main”. Sauf qu’il y a ce “truc” qui s’appelle le racisme institutionnalisé et qui est très, très insidieux. C’est quelque chose qu’on repère bien avec le personnage de Troy ou avec Reggie (dans l’épisode 5).
  • Autre point essentiel qui est abordé : l’intersectionnalité. Mais qu’est-ce que c’est donc ? En gros, on pourrait dire que c’est être “cumulard”. Être noir et homosexuel : tu subis le racisme et l’homophobie. Être une femme et être musulmane : tu subis la misogynie et l’islamophobie. Être une femme noire, tu subis le sexisme et le racisme (ça s’appelle le misogynoir d’ailleurs). Vous me suivez ? Là encore, le show vous l’expliquera mieux que moi !
  • En même temps que le “pourquoi la blackface est raciste”, on a aussi le droit a une réflexion sur “pourquoi un blanc ne doit pas prononcer le n-word”, parce que ça a clairement du mal à rentrer dans les esprits.
  • Avec le personnage de Sam, on s’intéresse aussi à la question de l’identité. Sam est métisse et c’est aussi un problème. Elle n’est pas assez blanche pour être “acceptée” par les blancs, mais pas assez noire pour être “acceptée” par les noirs. C’est un problème que rencontrent beaucoup de métisses,  à savoir trouver leur place dans cette double culture (je vous invite à lire ce thread Twitter de Dahlia sur le sujet). Sam est light skin donc sera toujours favorisée par rapport à Colandrea qui est dark skin (ça s’appelle le colorisme). Mais pour les blancs, elle est d’abord vu comme une noire. Mais pour les noirs, elle est d’abord vu comme une light skin. Vous saisissez tous les questionnements et les remises en question que ça peut engendrer ?

Dear White People
– Mais ce qu’il ne faut surtout pas oublier quand on parle de Dear White People : c’est l’humour. Sérieusement, je suis passée par plein d’émotions en regardant la série (angoisse, énervement), mais ce qui est revenue le plus souvent c’est la bonne humeur. Tout est fait de manière très intelligente et les blagues passent comme une lettre à la poste. Alors quand on voit Diffamation, la parodie de Scandal, on ne s’en remet définitivement pas !

– Tout ça sans oublier la soundtrack qui est absolument parfaite ! Il faut dire que dès que j’ai entendu plusieurs titres du dernier album de Childish Gambino (Awaken my love), j’étais convaincue de chez convaincue !

Vous l’aurez compris, Dear White People est vraiment un show que j’ai apprécié et que je vous conseille. Concernant son avenir, on ne sait toujours pas si la série va être renouvelée ou non. Mais vu la nouvelle politique d’annulation de Netflix et la suppression de deux show qui mettaient en avant des valeurs portées par Dear White People (coucou Sense8 et The Get Down), je doute un peu de son renouvellement… Ce serait franchement dommage, car même si la première saison peut se suffire à elle-même, il serait vraiment nécessaire que le show se poursuive et nous en dise plus sur ses personnages !


À lire sur le sujet, chez Konbini : 

Si vous avez aimé Dear White People : 

Crédit photos : Netflix

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8 Commentaires sur "Dear White People : une série drôle, intelligente et engagée"

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Marine Le Puy des Livres
Invité

Elle est dans ma liste de série à regarder. Je pense me lancer cet été !

LBN de Carmen
Invité
Je l’ai fini en une soirée tellement la série m’a happée ! J’ai adoré les protagonistes et avoir plusieurs points de vues ! Aborder des sujets que je connais mais que je ne subis pas m’a vraiment intéressée. Parfois c’est évident, d’autres fois c’est scandaleux et par moment c’est déroutant. Comme ce fameux épisode où un certain mot que ne doit pas être prononcer s’il l’on n’est pas noir. Là, je n’ai pas vraiment bien compris 🙁 ( surtout comment ça avait été mis en situation, ça portait à confusion selon moi ). C’est ce que j’aime avec cette série,… Read more »
Alichon
Invité

Tu parles de cette série avec tellement de justesse. J’ai très vite accroché (je pense l’avoir dévorée en une journée. Peut-être deux ?) avec une attirance toute particulière pour Sam et Lionel, mes deux préférés.