Séries

Parks and Recreation, série géniale mais problématique

6 juin 2016

Quand j’ai découvert Parks and Recreation, j’ai adoré, malgré une première saison qui a du mal à démarrer. Je vous parlais même de son génial générique dans un article dédié. Pour tout un tas de raisons, c’est une comédie excellente et originale. Malgré tout, c’est aussi une série assez problématique avec des éléments et choix scénaristiques incompréhensibles. J’ai visionné la série pour la deuxième fois avec mon copain, ce qui m’a permis d’étayer ma réflexion sur le sujet…

Synopsis : Bienvenue à Pawnee Indiana ! Venez à la rencontre de Leslie Knope et toute l’équipe des parcs et loisirs de la ville. Rencontres avec la population, campagnes électorales, construction d’espaces verts, c’est ainsi qu’est rythmée la vie de ces employés du gouvernement. Mais c’est aussi tellement plus…

Cet article ne contient pas de spoilers


Les qualités

– Commençons par le positif, pour ne pas trop se brusquer. Parks and Recreation réussi quand même l’exploit de nous intéresser à la politique. Comment ça House of Cards ? Rien à voir. La politique LOCALE. Il est nécessaire de le préciser. Et la branche la plus intéressante de la politique locale évidemment : les espaces verts et autres parcs municipaux. Ça fait vibrer hein ? Et pourtant, ouais, ça fait vibrer. On est à fond derrière l’équipe de Leslie Knope et son envie, entre autres, d’accéder à d’autres sphères plus importantes de la politique locale. On suit sa campagne, on suit ses envies d’ouvrir de nouveaux parcs. GO LESLIE.

– La série se construit comme un faux-documentaire. Caméra immersive et discussions face caméra. C’est le genre de truc toujours un peu déroutant et qui peut vite être mal géré. Mais dans Parks and Recreation on est de suite happé (sauf la première saison donc) dans l’action et c’est vraiment le format qui lui sied le mieux !

– Et si Leslie n’est pas mon personnage favori, bien que son enthousiasme permanent me fasse bien rire, son amitié avec Ann Perkins est rafraîchissante. J’en parle régulièrement, notamment dans mon article sur Crazy ex-girlfriend, mais l’amitié entre femmes dans l’audiovisuel est presque inexistant. Non, les femmes doivent se tirer dans les pattes, surtout quand un homme est “en jeu”. Mais heureusement, il y a Ann et Leslie et leur amitié que rien ne peut empêcher. OVARIES BEFORE BROVARIES.

parks and recreation donna tom
– Du côté des amitiés il faut également noter celle de Donna Meagle et Tom Haverford (l’excellent Aziz Ansari, je vous parlais de sa série Master of None juste là), splendide. Ils me donnaient constamment le sourire. TREAT YO’SELF !

– Et de manière générale, les personnages sont vraiment excellents, drôles et attachants. Tom Haverford au début assez agaçant, parvient à aller au-delà de sa superficialité. Chris Traeger et son obsession pour le sport, le mode de vie sain et son hypocondrie, Donna Meagle qui est juste Donna : parfaite. Mais j’ai évidemment mes personnages chouchous…

  • Ron Swanson : Ce personnage est juste culte. Nick Offerman est juste culte. Ron Swanson semble pourtant être tout ce que je déteste. Il est le patriarcat incarné : l’homme viril qui mange de la viande et qui ne montre pas ses émotions. Mais heureusement, Ron va bien au-delà de ça. Car des émotions il en a, à la pelle même. Il a beau ronchonner H24, c’est un personnage aussi très touchant et très très très drôle. Et cette fabuleuse moustache…
  • Andy Dwyer : Au départ, Andy est en arrière-plan. Mais le talent de Chris Pratt a rapidement donné un place de choix à son personnage. Ce grand enfant complètement barré, et définitivement touchant. Que dire de plus ? Avec Ron, il est sûrement celui qui me fait le plus rire, alors que les deux personnages sont diamétralement opposés. Peut-être aussi car je me reconnais un peu en Andy parfois. Ou que j’aimerai conserver son insouciance.
  • April Ludgate : Et c’est peut-être pour ça qu’Andy s’accorde si bien avec April. Tout son contraire. April est cynique et sarcastique. Une autre facette dans laquelle j’ai tendance à me reconnaître. Là aussi, j’adore l’actrice, Aubrey Plaza. Et pour avoir ce niveau aussi élevé de blasage, il faut quand même être sacrément douée.

parks and recreation
– Et très franchement, avec tout ces personnages géniaux, à la personnalité bien définie, on se marre allègrement. Chacun a sa petite touche personnelle qui apporte beaucoup au show. Presque personne n’est laissé de côté là-dessus. Les épisodes traitent de situations dont on se ficherait habituellement (faire passer une loi sur les sodas, fabriquer une aire de jeux en 24h, regrouper deux villes) et qui ici sont bien tournées et très fun à suivre. La série a aussi son lot de situations cultes : Lil’ Sebastian, Burt Maklin…

– Là où d’autres séries arrivent à faire venir les plus grandes stars du cinéma ou de la chanson en guest, Parks and Recreation les choisis évidemment en politique. Michelle Obama, Joe Biden, John McCain, Madeleine Albright… Pas sûre qu’en France on puisse voir débarquer Manuel Valls dans Plus Belle La Vie (ce combo me donne de l’urticaire).

Parks and Recreation nous offre aussi sa petite satire de la société américaine. Car nous ne sommes pas ici dans une ville branchée de la côte ouest ou à New York. Nope, nous sommes à Pawnee, Indiana. La campagne de chez nous et son lot de personnages à l’esprit fermé. On critique le gouvernement et son inaction, on critique la sur-consommation de la société américaine, on critique les multi-nationales toutes puissantes comme Sweetums et Paunch Burger. Ou encore Grizzl, parfaite combinaison des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon).

– Même si c’est parfois fait de manière maladroite, il y a aussi une critique assez acerbe du passé des États-Unis et de son colonialisme. Pour preuve, c’est toute l’histoire de Pawnee, et c’est tout sauf glorieux. Car finalement, il y a très peu de séries américaines qui osent pointer du doigt le génocide des natifs-américains…


Les défauts

parks and recreation garry
. Garry Gergich. Où plutôt Jerry, ou Terry, ou Larry ? Le personnage joué par Jim O’Heir est d’une gêne sans nom. Ça commence doucement dans les premières saisons et ça s’intensifie chaque fois un peu plus. Garry est le souffre douleur de toute l’équipe. Gary n’est jamais pris au sérieux. Gary est constamment moqué. Garry est gros donc sale, maladroit, et gros mangeur. Garry a une femme sublime et des filles sublime, il est donc bien évident que le running gag de sept putain de saisons soit : “Mais comment est-ce possible qu’il soit avec une femme si belle ?” Ces collègues ne l’aiment même pas. Parks & Recreation propose un humour très intelligent et pourtant on choisi la facilité de la grossophobie avec Gary. Je n’ai jamais compris ce choix, vraiment. À force j’en étais même gênée pour l’acteur. Je me demandais comment on pouvait décemment lui faire subir tout ça…

– Et de manière générale la grossophobie est omniprésente dans la série. Les américains lambdas sont montrés comme des débiles car ils sont gros et mangent pour dix. C’est récurrent quand on commence à parler de la compagnie de bonbons Sweetums par exemple. Là encore, je ne comprends vraiment pas pourquoi il y a cette obsession des gros dans le show.

– Si Donna Meagle est une femme grosse, c’est bien le seul personnage auquel on ne reproche pas son poids. Au premier abord même, Donna est montrée comme une femme qui a du répondant. Elle est intelligente, elle est géniale, je l’adore franchement. Et Donna parle constamment de sa vie sexuelle. Une femme noire, grosse, qui a une vie sexuelle épanouie. C’est assez rare à la télévision non ? Sauf que Donna répond à ce trope franchement gênant : une femme grosse à la vie sexuelle épanouie mais dont on ne voit absolument rien. Donna parle de ses multiples conquêtes mais jamais avant six saisons on ne la voit avec quelqu’un. L’aspect romantique de chaque personnage est mis en avant, sauf pour Donna. Malaise… Au-delà de ça, Donna Meagle est un personnage franchement sous-estimé. Son interprète, Retta, est génialissime et elle a à peine droit à plus de trois répliques par épisodes (surtout dans les premières saisons). Et pour Donna comme Gary, il faut attendre la saison six avant que les acteurs soient crédités au générique. Le manque de respect est assez évident…

parks and recreation leslie ann
– Si la série met en avant des aspects féministes, il a ses limites… Et il s’incarne dans le personnage de Brandi Maxxxx, l’actrice de films X qu’on compare sans cesse à Leslie et qui aimerait d’ailleurs être son amie. Brandi est constamment montrée comme stupide et le fait qu’elle soit travailleuse du sexe est perçu comme dégradant et gênant. White feminism quand tu nous tiens (et encore, je ne vous ai pas parlé de Tammy 2, l’ex-femme de Ron)… À ça ajoutons les surnoms gênants que Leslie donne à Ann concernant ses origines ethniques… Tout ça pour dire qu’une série qui a pour premier rôle une femme indépendante n’est pas féministe pour autant. CQFD.

– Et bien que j’ai adoré le final de la série, bien tourné et émouvant, certains points sont quand même assez gênants. Sans spoiler, on s’intéresse surtout aux relations amoureuses des personnages et SURTOUT on vient changer totalement l’essence même d’un personnage (April) avec un choix de vie qui n’a aucun sens. Et quand on voit plusieurs messages véhiculés par la série, c’est dommage de tomber dans cette facilité.


Je suis tiraillée en regardant Parks and Recreation. J’aime vraiment plus que tout ce show et pourtant il y a ces éléments qui n’ont rien à faire là. C’est un peu le gros souci que j’ai en tant que série addict. Les shows ne sont pas parfaits et reprennent souvent les tares de notre société : sexisme, racisme, homophobie, grossophobie etc. Et allier ses convictions avec son amour pour la télévision, ce n’est pas facile tous les jours. Il faut parfois se mettre des oeillères, tout en restant lucide et en prenant un peu de recul malgré tout !

parks and recreation chris

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