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Cinéma

The Revenant, époustouflant et éprouvant

The Revenant, on en a entendu parler, encore et encore. Ce qui rendait l’attente encore plus grande. On nous vendait quelque chose d’exceptionnel mais le rendu allait-il être à la hauteur ? Pour moi c’est un grand OUI. The Revenant n’est pas parfait (quel film l’est ?) mais il est allé au-delà de mes espérances.

Synopsis : En 1823, dans l’Amérique profonde et sauvage, le trappeur Hugh Glass est attaqué par un grizzly. Il est laissé pour mort par son équipe mais n’est pas prêt à mourir, animé par un désir de vengeance et motivé par l’amour qu’il porte envers sa famille. Il se lance alors dans un périple de plus de 300km, dans le froid glacial et amochée comme jamais.

Le point Oscars : Hier, Leonardo DiCaprio a ENFIN remporté la fameuse statuette dorée. Je pense, comme beaucoup, qu’il aurait dû en avoir une depuis un moment et que son rôle dans The Revenant n’est pas forcément celui où il mérite le plus l’Oscar, mais c’est clairement mérité tout de même. Je ne voyais pas Matt Damon le remporter pour Seul sur Mars, je n’aime pas Eddie Redmayne, et je n’ai pas vu Trumbo ou Steve Jobs pour me prononcer sur Cranston et Fassbender. Aussi, Iñárritu a remporté l’Oscar du meilleur réalisateur, là encore c’est mérité (on en reparle ensuite). Et FORT HEUREUSEMENT Lubezki a eu celui de la meilleure photographie. Pour le coup, si ce prix avait été a un autre film (même si Mad Max avait bien ses chances) ça aurait été un scandale.

Note : J’ai vu le film en VO

Cet article ne contient pas de spoilers


Les qualités

The Revenant c’est d’abord une prouesse technique. Le film a été tourné en 9 mois (contre trois en moyenne) car le réalisateur, Alejandro González Iñárritu, a décidé de filmer uniquement à la lumière naturelle, sans projecteurs. Cela revenait à environ trois heures de tournage pas jour (on voit où sont passés les 190 millions de budgets). Et le résultat en vaut clairement la peine. J’avais le souffle coupé dès les premiers plans. Le rendu est vraiment exceptionnel. La lumière naturelle est superbe et rend chaque plan magnifique. On a l’impression de se retrouver face à un tableau. Le détail et l’atmosphère qu’apporte cette lumière est absolument impossible à reproduire artificiellement. Le tout donne un côté très organique au film, dans des paysages époustouflants du Canada, de la Californie, du Montana et d’Argentine (l’histoire est censée se dérouler dans le Missouri). Photographie parfaite.

The Revenant landscape
– Et le travail de mise en scène est très réussi. On prend le temps, on s’attarde sur cette nature, sur ces immenses étendues de forêt ou de plaine.. On a beaucoup de plans séquence assez impressionnants, notamment dans des moments très tendus. Le travail technique qui a été fait pour The Revenant est là encore de qualité.
– D’ailleurs, la manière dont sont filmés les personnages est très intéressante. La caméra les suit de près, on est à leur niveau. On se retrouve vraiment en immersion avec eux, au plus près des événements. Le réalisateur nous prend et nous emmène au cœur de l’histoire. On vit tout avec les personnages et c’est assez fort.

– Car The Revenant est un film vraiment vraiment éprouvant. C’est assez dingue mais quand je suis sortie de la salle de cinéma, j’avais un peu mal partout. Je m’étais tellement tendue, crispée : une vraie gymnastique tout au long de la séance. On est tellement immergé dans le film, on vit tellement les événements.. Et ces événements ne sont pas vraiment joyeux. On souffre avec Hugh Glass, on vit les choses avec lui. Ce n’est pas un film duquel on ressort serein. On a vécu nous aussi.

The Revenant
– Il faut dire que ce n’est pas de tout repos et que la violence est très présente tout au long du film. J’ai serré très fort les dents, j’ai détourné le regard, j’étais crispé parfois. Il y a trois scènes qui ont été difficiles pour moi, trois ou quatre passages qui font vraiment mal. La violence est très réaliste, les blessures semblent tellement vraies. Le combat avec l’ours est vraiment très impressionnant et nous fait passer un sale quart d’heure. Et au passage, un très bon travail du côté de la CGI, ce n’est pas tous les jours.

– Évidemment il faut parler de la prestation de Leonardo DiCaprio dans la peau de Hugh Glass : excellente. Je n’ai pas trouvé qu’il en faisait trop, vu ce qu’endure son personnage. Il en bave et il arrive parfaitement à retransmettre ce qu’il est en train de vivre. Là encore il y a un très beau travail du côté de la mise en scène et du son, quand parfois seules les respirations difficiles de Hugh nous parviennent aux oreilles. Il ne faut pas non plus oublier que The Revenant est inspiré de faits réels et que ce cher Hugh Glass n’était pas un rigolo. De mon côté, je souffre en me coupant le doigt avec une feuille A4.

The Revenant Tom Hardy
– Quant aux seconds rôles ils sont là aussi franchement excellents. Tom Hardy, vu tout récemment dans Legend et prochainement dans sa série Taboo, est encore exceptionnel en tant que Fitzgerald. Avec son accent à couper au couteau (je n’ose pas imaginer l’immondice que doit être la VF), il livre lui aussi une très belle performance. Je n’oublie pas non plus Domhnall Gleeson, un acteur que j’apprécie beaucoup et qu’on voit de plus en plus dernièrement (genre dans Star Wars) et le jeune Will Poulter, prometteur. Évidemment, niveau personnages féminins, on va gentiment se faire voir et on comprend bien que l’époque n’était pas propice aux droits des femmes…

– La musique est très peu présente dans le film. Pour moi c’est un élément très important et une bonne soundtrack me fait toujours craquer, comme dernièrement avec Deadpool. Ici, l’absence de musique ne pèse pas forcément. Ou justement, ça rajoute au caractère pesant des événements, mais pas dans le mauvais sens. Cette absence contribue à mettre en place une atmosphère toute particulière. Et les quelques éléments musicaux ont un côté très théâtral.

“On va les civiliser avec des coups de fusils”, cette phrase qui sort de la bouche d’un personnage envers qui on a de la sympathie nous ramène à la réalité. Celle des colons, celle du massacre des natifs américains. Mais avec ça et de nombreux autres éléments tout au long du film, The Revenant n’est pas manichéen. Et pour une fois, on ne donne pas des rôles de natifs américains à des blancs (coucou Pan).

The Revenant
– Et j’ai trouvé très cool le fait que les langues soient respectées. On n’a pas tous les personnages qui se parlent entre eux en anglais dans le plus grand des calmes. Les natifs américains parlent leur langue, comme les anglais et les canadiens/français. C’est un point trop souvent oublié dans les films/séries et qui amène souvent de grosses incohérences. Ici, tout est bien géré.


Les points négatifs

– Il n’y en a pas tellement mais je trouve ça assez dommage de ne pas avoir de temporalité. On peut brièvement se repérer avec les changements climatiques mais on a aucune réelle idée de la temporalité de l’histoire. J’ai l’impression qu’il y a eu des ellipses à plusieurs moments, sans en être sûre. Du coup, ce n’est pas évident d’évaluer l’évolution de Hugh Glass et comment il se remet de certaines de ses blessures.

– Je n’ai pas vraiment compris ni été séduite par les scènes soit disant oniriques de flashback et de rêve. Je ne sais pas, ça faisait un peu too much, un peu trop cliché à mon goût. On voit bien que c’est pour construire le background de Hugh Glass, nous le rendre sympathique et nous faire comprendre ses motivations, mais le format choisi pour le transmettre n’est selon moi pas le bon.

The Revenant Leo Dicaprio
– Le film dure 2h37 et il traîne parfois un peu sur les bords mais franchement, je ne me suis pas ennuyée. Je savais que j’allais voir un très beau film et du coup j’avais peur de m’ennuyer et que le film soit simplement intéressant par sa photographie. Mais non, on est bien pris dans l’histoire, l’action est présente, les instants de contemplation aussi. Mais oui, ça traîne quand même un peu parfois..


The Revenant est pour moi un vrai coup de cœur. J’appréhendais un peu le film car l’attente était assez énorme et j’avais peur de m’ennuyer.. Au final je ne suis pas déçue et vraiment impressionnée par le rendu. L’atmosphère est pesante mais la lumière et les paysages nous font souffler un peu. Les personnages (comme les acteurs) en bavent et nous le font ressentir. Ce n’est pas un film qu’on voit, mais qu’on vit.

Crédit photos : New Regency Pictures, Anonymous Content, RatPac Entertainment

12 commentaires

  • Céline
    29 février 2016 at 14 h 38 min

    Je suis totalement du même avis que toi, à un minuscule point près 😉
    Le film étant sorti plus tôt en Suisse, j’ai pu le voir il y a déjà quelques semaines. Si cela t’intéresse, ma critique est sur le blog > http://www.tu-reves-lulu.com/2016/02/cinema-the-revenant.html
    Belle journée!

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    • anahaddict
      29 février 2016 at 21 h 26 min

      Haha je vois que nous ne sommes pas d’accord sur Domhnall Gleeson ! Et bien moi il m’a convaincu même si c’est vrai je trouvais qu’il faisait un peu trop jeune et sage pour le rôle du capitaine, finalement c’était bon pour moi (est-ce parce que j’aime l’acteur de base ?)

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  • Vikie
    29 février 2016 at 17 h 27 min

    Aahahahhaha toi aussi tu flippe de te couper sur une feuille A4….. alàlàlàlà je me sens moins seule
    Sinon c’est typiquement le genre de film que j’aimerai bien regarder… mais vu que le cinema est loin… et que la route qui y mène est fermée pour travaux… je vais certainement passer mon chemin, dommage

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    • anahaddict
      29 février 2016 at 21 h 24 min

      Mais oui ça fait super mal haha ! Arf c’est vraiment dommage, j’ai de la chance qu’il passait à Nancy en VO sinon ça aurait été bien galère pour le voir encore.. :/

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  • Emma
    2 mars 2016 at 18 h 22 min

    Merci pour cette super critique ! Je suis allée le voir hier et j’ai un peu le même ressenti que toi, particulièrement pour la lumière et la façon de filmer qui m’ont époustouflée ! Par contre, niveau violence, c’est sûr que c’était éprouvant, j’étais vraiment mal pendant la scène de l’ours. Un très bon film en tout cas, tu as raison.

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    • anahaddict
      2 mars 2016 at 20 h 21 min

      Clairement j’étais scotchée à chaque plan tellement c’était beau :O Oui moi aussi, le film attaque vraiment fort avec cette scène, on n’est pas bien du tout >< Et merci pour le compliment 🙂

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  • Aurélie
    4 mars 2016 at 17 h 36 min

    J’ai tellement hâte d’aller le voir ! Je l’attend depuis des mois et il n’est toujours pas sorti au cinéma dans mon petit village … C’est tout de même le film qui a value un Oscar à notre cher Leo ! 🙂
    C’était très intéressant à lire en tout cas, merci d’avoir partagé ton avis !

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    • anahaddict
      4 mars 2016 at 21 h 40 min

      Ah la la quand même ils abusent ! J’espère qu’il sera bientôt à l’affiche 😀

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  • Margaux
    20 mars 2016 at 21 h 47 min

    J’ai vu le film aujourd’hui, j’ai donc enfin pu lire ta critique, à laquelle j’adhère totalement !
    Je pense qu’on est tous d’accord pour dire que visuellement, c’est à couper le souffle. Je pense que c’est un des plus beaux films que j’ai jamais vu. Il saisit au corps de ce seul point vue, c’est impossible de rester insensible à une telle beauté, les paysages sont sublimes. La mise en scène, j’ai trouvé, exploite vraiment tout le potentiel de cet environnement autant qu’elle contribue à renforcer sa beauté et à lui donner une véritable présence. Ce ne sont pas juste de belles images. La nature est vraiment là. La caméra constamment en mouvement, c’est brillant, parce que déjà ça permet d’explorer la nature d’un point de vue macrostructurel, les plans hyper larges qui font l’homme tout petit dans la neige, comme d’un point de vue microstructurel, les fourmis, les feuilles… C’est vraiment la nature dans toute sa grandeur, sa beauté, sa générosité mais aussi sa dangerosité. Et puis le mouvement, comme tu l’as souligné, permet de suivre les personnages au plus près. Et c’est génial. On vit vraiment les scènes en immersion, on est avec eux, on en oublirait presque l’écran. Ca permet vraiment de vivre, et pas seulement de sentir, ce périple existentiel. Il est aussi physique, mais finalement, l’action n’est pas si présente, on est beaucoup plus souvent près d’hommes qui luttent, qui souffrent, qui se posent des questions, qui sont tourmentés par leurs émotions. Franchement, j’avais un peu peur d’un man vs wild à la sauce wilderness genre la poésie de Thoreau et Whitman qui glorifient la belle nature sauvage américaine, vu qu’on est au tout début de la colonisation des Etats-Unis, mais pas du tout, ou pas vraiment. Ca dépasse clairement la seule dimension américaine, et ça, c’est vraiment chouette. Du coup, ça m’amène à évoquer le cast ! Je me suis fait la même réaction que toi : enfin des amérindiens dans le rôle d’amérindiens ! Ca fait du bien ! Le fait de ne pas gommer leur langue, c’est également un moyen de leur rendre justice. C’est du respect, tout simplement, de leur culture, c’est un geste important. J’ai adoré le traitement des relations américains/amérindiens. Comme tu l’as dit, le film n’est pas manichéen. Tous ont une part d’ombre, même si les propos de certains personnages, genre Fitzgerald, donne envie de filer des baffes. Les amérindiens ont autant de temps à l’écran que les américains. C’est vraiment intéressant.
    Comme toi, je n’ai pas trop aimé les souvenirs. Ca permet de donner une épaisseur à Glass, c’est presque parfois très poétique et surtout ça permet de souligner le caractère vraiment existentiel et humain du film, mais ça devient rapidement pesant, ça casse le rythme. Ca sort un peu de nulle part. Par certains aspect, The Revenant m’a énormément fait penser à la version de Macbeth avec Fassbender, un peu dans la manière de filmer et d’aborder l’intérorité des personnages.
    Je ne vais pas m’appesantir sur les acteurs, mais Dicaprio mérite 100 fois son Oscar (j’en profite juste pour souligner que ces yeux bleus dans ces décors de neige, de rivières et de ciel bleu, presque un reflet, m’ont énormément marqués, voilà). On sent qu’il donne toute sa personne, tout ce qu’il a. Ca ne trompe pas. On ne voit pas la superstar Dicaprio, mais on voit réellement Hugh Glass. Et bien sûr, Tom Hardy, qui vient nous rappeler à quel point il est un acteur merveilleux, même si j’ai eu envie d’étrangler son personnage dès qu’il ouvrait la bouche, il m’a beaucoup fait rire, et surtout, il m’a encore impressionné. Le talent de cet homme est incroyable.
    Tout ça pour dire que je n’ai pas été déçue par les louages que j’ai entendues sur le film. C’est une oeuvre extrêmement riche tant formellement que dans son contenu que j’ai réellement apprécier découvrir. J’ai pris autant de plaisir, notamment visuel, que j’ai souffert. Je n’ai pas non plus était transportée au point d’applaudir à la fin de la séance, comme des gens l’ont fait, haha, mais je reconnais que c’est là une très, très grande oeuvre. Je pense que ce que j’ai le plus apprécié, c’est l’expérience cinématrographique. Inarritu pousse très loin ses exigences, mais il ne fait que nous montrer ce que le cinéma peut faire, jusqu’où il peut nous transporter. C’est vraiment un réalisateur qui n’a pas peur d’inventer, d’utiliser de façon optimale sa caméra, ses acteurs, les paysages qui l’entourent pour faire vivre quelque chose de très, très fort. C’est vraiment ça, qui m’a plu et transporté dans ce film.

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    • anahaddict
      21 mars 2016 at 13 h 04 min

      Pour moi aussi c’est très certainement le plus beau film que j’ai pu voir ! Et en effet grâce aux plans, aux mouvements de caméra et à la mise en scène, la nature qui nous est montré n’en est que sublimée !
      Ouais le propos n’est pas manichéen ou centré uniquement sur le point de vue américain, et c’est ce dont j’avais peur avant de voir le film, avec la colonisation. Et oui, le film est extrêmement respectueux là dedans : le choix du cast, le langue..
      Bon je ne suis pas la seule à ne pas avoir accroché à ses envolées lyriques haha Mais c’est assez propose à Inarritu ce genre de scènes oniriques, on n’y a pas échappé ici encore ! Et là ça ne s’y prete pas vraiment..
      Et oui, Dicaprio mérite clairement son oscar ! Après avoir vu The Revenant, j’ai eu envie de revoir d’autres de ses films (comme le Loup de Wall Street) et bordel, y’a vraiment rien à faire, c’est un des acteurs les plus talentueux de sa génération (à l’instar de Tom Hardy <3) Et oui on a fortement envie de gifler Fitzgerald, mais comme tu le dis, il est aussi assez drôle et j'ai ris à plusieurs reprises grâce à lui (ça fait un peu souffler face à la dureté du film).

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  • Franck
    22 mars 2016 at 11 h 27 min

    Je vois qu’on a à en grande majorité la même opinion sur le film 🙂 Tu as même rajouté quelques points que je n’ai pas mis dans ma propre “critique” ( http://www.geeketc.fr/the-revenant/ ) : l’absence de bande-son vient effectivement renforcer l’aspect authentique du film ainsi que le respect des langues. Et comme toi, j’ai eu du mal à situer dans le temps les actions. Car se remettre de ce type de blessure, à cet époque devait être loin d’une partie de plaisir mais on a aucune idée du temps qui s’écoule et c’est un peu perturbant pour le suivi.
    Mais ça fait du bien de voir un film de ce type au cinéma en ce moment !

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    • anahaddict
      22 mars 2016 at 13 h 43 min

      Je vois que je ne suis pas la seule à avoir été perturbée par ce manque de timeline.. >< Mais bon ça ne gâche pas pour autant le plaisir de découvrir ce film !

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