Spotlight
Cinéma

Spotlight, au cœur de l’enquête journalistique

4 février 2016

En 2015, j’ai un peu déserté les salles de cinéma. Pour dire, je n’ai vu que trois films sur grand écran au cours de l’année ! Actuellement, on débute février, et j’en ai déjà vu trois. J’augmente ma moyenne ! Il faut dire que les sorties de 2016 me plaisent beaucoup plus que celles de l’année dernière. C’est le cas de Spotlight, film d’enquête journalistique dans la lignée du très bon Les Hommes du président, sur le scandale du Watergate. Étudiante en journalisme oblige, j’ai foncé le découvrir le jour de sa sortie !

Synopsis : En 2002 l’équipe de journalistes d’investigation “Spotlight”, du journal Boston Globe, révèle la plus grosse affaire de pédophilie au sein de l’Église catholique des Etats-Unis. Une longue enquête où manipulations et secrets sont restés dans l’ombre trop longtemps.

Note : j’ai vu le film en VO

Cet article ne contient pas de spoilers


– On sent bien que le film a un but : raconter le scandale et surtout le travail journalistique. C’est un film d’enquête journalistique dans les règles de l’art donc. C’est pourquoi on s’intéresse assez peu aux personnages. On les survole en somme. Du coup, on peut dire que Spotlight est construit comme un article : il a un angle clair, net et précis. C’est un peu frustrant pour moi qui aime découvrir les personnages, mais c’est un parti pris que je comprends et que j’accepte. Surtout qu’il est réussi et qu’en tant que future journaliste, c’est un plaisir d’être plongée au coeur de l’investigation. De plus, pour avoir lu plusieurs interviews des journalistes du Boston Globe, durant l’enquête très prenante, ils ont très peu vu leur famille ou eu une vie privée. Ce qui rend le propos encore plus réaliste. Ne pas montrer la vie privée témoigne de cette absence de vie privée. C’est d’ailleurs très fort avec Michael Rezendes.

Spotlight
– De fait, le réalisateur a voulu être très fidèle à l’enquête du Boston Globe. Je ne sais pas si beaucoup de choses ont été romancées (il y en a toujours évidemment), mais dans les faits propres à l’enquête et au scandale, on est dans le vrai.

– Et encore une fois, en tant que journaliste en devenir, ça fait franchement rêver de voir se mener une telle investigation. Investigation qu’on ne trouve presque plus à l’heure actuelle dans les rédactions. Pas le temps. Pas le temps. Pas le temps. Et si l’équipe de Spotlight accorde pas loin d’une année à son enquête, on voit que la pression du temps est là, encore et toujours. L’étau se resserre, il faut vite publier dès qu’on a quelques documents, avant de se faire voler son histoire. Et la ténacité des journalistes pour continuer à fouiller, encore et encore, c’est beau. Alors quand le nouveau rédac chef du Boston Globes, Marty Baron, lance un “C’est pour des choses comme ça qu’on fait ce métier” (sic. cette enquête pour dévoiler le scandale et aider des gens), j’étais prête à chialer bordel. Parce que ouais, c’est pour des choses comme ça, clairement.

– Niveau casting, on envoie quand même du lourd et chacun est à sa place dans son rôle. Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo ou encore Stanley Tucci. Mais pour moi, c’est vraiment Mark Ruffalo qui sort son épingle du jeu et propose une performance un cran au dessus de celle de ses camarades. Même si attention, tout le monde est très bon, je ne dis pas le contraire. Mais il a ce truc en plus. Quand j’ai vu son interprétation de Michael Rezendes, je voyais bien un journaliste. Il était vraiment dans la justesse, et aussi terriblement touchant et poignant. Avec un petit côté “tête dans les nuages” qui le rend très attachant.

Spotlight
– Après, la diversité n’est pas folichonne, voire inexistante. Aussi, il s’agit d’une histoire vraie et c’est au final plutôt représentatif de la gueule des rédactions au début des années 2000. À savoir, où l’homme blanc de 50 ans règne en maître. Rassurez-vous (ou inquiétez-vous), ça n’a pas tellement changé depuis.

– La pédophilie, le viol. Ce sont deux sujets très sensibles et qu’il est toujours délicat d’aborder. On peut vite déraper et tomber dans le voyeurisme ou le sensationnalisme. Ici, le sujet est traité avec justesse. Et le choix a été fait de mettre en avant les victimes, d’entendre leur voix et pas celle de leurs agresseurs. Ce parti pris est vraiment appréciable. De plus, en voyant les victimes et leurs témoignages, c’est forcément poignant, mais sans vouloir faire dans le larmoyant à l’extrême.

– Car évidemment, avec un sujet pareil, il y a des scènes très fortes émotionnellement. Ça peut paraître un peu facile parfois, mais c’est nécessaire. Alors oui, on voit des enfants passer devant la maison de ce prêtre ouvertement pédophile. On voit cette victime craquer et fondre en larmes. Et ces chiffres effarants et horribles. Mais c’est nécessaire. Car derrière tout ça, il y a ce tabou énorme de la pédophilie, des viols, notamment au sein de l’Église (c’est le sujet, mais c’est le cas partout).

– Justement, c’est bien de rappeler de temps en temps, via cette histoire et cette enquête, ce qu’il en est des viols. Oui, il a des viols perpétrés dans des ruelles sombres par un inconnu. Mais c’est une minorité. La victime connaît souvent son violeur, elle lui fait confiance. Et l’institution qu’est l’Église représente très bien cela. La manipulation de ces prêtes sur les enfants, qui leur font confiance, qui les voit comme une figure de Dieu. Cette société américaine profondément religieuse, qui refuse de voir le mal dans ces “messagers de Dieu”, qui se tait et camoufle les scandales avant qu’ils ne surgissent.

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– Côté mise en scène, on est dans quelque chose d’académique. C’est bien fichu en somme, mais ça reste classique. On a toutefois des plans assez forts et riches de sens, notamment avec les églises. En tout cas, c’est carré et bien fichu. Au niveau de l’ambiance générale, des décors, des looks, on se sent bien au début des années 2000. L’ensemble est vraiment réaliste, notamment au sein des rédactions et de leur fonctionnement.


Je ne suis peut-être pas totalement objective (et je ne tends pas à l’être de toute manière) car mes études et mes expériences professionnelles influent indéniablement sur la façon dont j’ai pu voir le film. De fait, je trouve que le travail journalistique est très bien traité et montré. Et que ça fait plaisir de voir de vrais personnages de journalistes et pas la sale fouine de base qui est la caution “gros connard” de nombreuses productions audiovisuelles (j’en parlais encore dans ma revue sur Daredevil). Au-delà de ça, Spotlight raconte de manière très juste un scandale monumental de l’Église catholique qui, ne nous leurrons pas, continue encore aujourd’hui.

Crédit photos : Anonymous Content, Participant Media, Rocklin / Faust

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MargauxanahaddictEmma Auteurs de commentaires récents
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Emma
Invité
Emma

Super critique ! J’avais déjà envie d’aller voir ce film, et tu m’as encore plus motivée 🙂 Ton blog est très sympa et tes articles intéressants 😀

Margaux
Invité

Je dois dire que je n’ai vu que l’affiche du film circuler, et que je n’en ai pas du tout entendu parler. Ta critique est vraiment très bonne, tu donnes vraiment envie de découvrir le film. C’est justement ton oeil de journaliste qui est extrêmement intéressant parce que tu livres un avis vraiment personnel et finalement assez unique. On sent vraiment que tu es passionnée par tes études et le journalisme. C’est très chouette à lire. 🙂